
ANIMAUX
DE COMPAGNIE - LES ABANDONS
Par C. Gagnon
La vue de ces petites boules de poil et duvet exposées en
vitrine est invitante. Chatons, chiots, lapins, perruches..., ils sont tous si
mignons et si adorables! Difficile de ne pas tomber sous le charme; difficile de
résister à la tentation et à l'incitation. Surtout que n'importe qui peut
s’en procurer. Aucune question n’est faite sur vos compétences, pas plus
que sur vos intentions, alors on se les offre sans trop se poser de questions
soi-même, aussi facilement qu’on s’offrirait n’importe lequel autre
article disponible en magasin, mais hélas, ces acquisitions impulsives et
spontanées peuvent parfois s’avérer des erreurs lourdes de conséquences
pour la pauvre petite bête, objet et victime de ces coups de cœur irréfléchis.
Sur le moment, on ne réalise pas nécessairement toute l’ampleur qui pourra découler
de ce geste, et par la suite, on ne réalise pas forcément non plus qu’il ne
convient pas de disposer d’un animal aussi banalement, aussi futilement
qu’on le ferait d’un gadget qui ne nous conviendrait plus. Très souvent,
lorsque quelqu'un ne peut plus garder son animal, entendons-nous ces mots : «
nous sommes obligés de nous débarrasser de notre chien – ou de notre chat…».
«De nous dé-bar-ras-ser…» De s'en débarrasser tout comme dans « se débarrasser
de ce qui est devenu un embarras, de ce qui est devenu encombrant ! »
Si au départ les gens étaient
davantage informés de ce qu’implique la prise en charge d’un animal de
compagnie, s’ils étaient davantage sensibilisés, s’ils s’interrogeaient
préalablement sur leurs motivations avant de donner suite à leur désir de se
procurer un animal, il y aurait sans doute moins d’abandons et la roue des
usines d’élevage tournerait bien moins vite; il n’y aurait peut-être pas,
pour la seule province de Québec, près de 500,000 animaux abandonnés chaque
année. En France, ce sont 100,000 animaux de compagnie qui sont abandonnés
annuellement. (1)
Beaucoup ignorent qu’en achetant un chiot ou un chaton dans une animalerie,
ils alimentent ainsi le cycle infernal des « puppy mills » puisque de
nombreuses animaleries s’y approvisionnent. (2)
Lorsque nous faisons pour la toute première fois l’acquisition d’un chien
ou d’un chat, nous ne sommes pas toujours conscients ni informés de
l’engagement que cela représente et des obligations qui s’y rattachent.
Si les animaleries et les éleveurs se
souciaient le moindrement du sort des animaux qu’ils vendent, ils
informeraient adéquatement leurs clients.
Il est assez curieux qu’avec la plupart des articles que nous achetons, nous
retrouvions un mode d’emploi ou d’entretien, un guide d’installation ou
d’instructions, qu’il s’agisse de l’appareil vidéo ou du grille-pain,
du mélange à gâteau ou du savon à laver la vaisselle, du chemisier de lin ou
du pantalon de polyester… Comment se fait-il donc que lorsque les gens se
procurent un chien ou un chat, il n’y ait ni feuillet de renseignements sur
ses besoins ni livret explicatif sur les soins à lui prodiguer?
POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE
Si on avisait et sensibilisait les gens sur ce que représente l’entraînement
d’un chiot à la propreté ou en quoi consiste l’éducation d’un chiot,
apprentissage auquel il faut consacrer temps, patience et méthode, et compréhension,
ou encore qu’un chien a besoin d’exercice, de promenades, d’attentions, de
présence, que chiens et chats ont besoin de soins adéquats et de visites chez
le vétérinaire, que le chien peut aboyer en notre absence et déranger, ou que
notre chat peut piétiner les plates-bandes du voisin, que les voisins sont
susceptibles de se plaindre, et si, en faisant l’acquisition d’un animal,
avant de penser uniquement à notre satisfaction, on se souciait de ce que nous
sommes en mesure de pouvoir offrir à cet animal dans l’immédiat et dans le
futur, cela permettrait peut-être à certains de reconsidérer leur projet
d’adoption. Si nous avons 70 ou 75 ans, il n’est peut-être pas vraiment
raisonnable d’adopter un trop jeune animal à moins que quelqu’un nous
assure qu’il s’en occupera en cas de maladie, d'hospitalisation et dans le
cas où nous ne survivrions pas à notre animal.
Sinon, nous pouvons aussi nous tourner vers un animal un peu plus âgé qui fera
autant notre bonheur que nous ferons le sien. De même, si nous habitons un
petit appartement, il vaut mieux ne pas adopter un trop grand chien. Avant de se
procurer un animal, il est indispensable de considérer le bien-être de
l’animal; l'adoption d'un animal doit être un geste réfléchi. C'est un
contrat de fidélité de 15 ou 16 ans qu'il faut s'engager à respecter dès le
départ. Si je prends une hypothèque sur ma maison pour une durée de 15 ou 16
ans, je devrai m’en acquitter pendant les 15 ou 16 prochaines années. J'en
suis bien conscient au départ, n’est-ce pas, et j’y consens. Je calcule si
je serai en mesure de m’en acquitter et que je pourrai, le cas échéant,
défrayer le coût d’une nouvelle toiture ou du pavage de l’entrée de
garage sinon je n’ai pas le choix que d’abandonner ou de remettre à plus
tard ce projet. Et si je souhaite adopter un perroquet, il faut que je calcule
à plus long terme encore. Il faut savoir qu’un perroquet nécessite de
l’attention, de la compagnie, de l’interaction; il s’agit d’un animal
sociable dont l’intelligence est comparable à celle d’un enfant de 2 ans.
Si on néglige les contacts avec lui, il risque de développer des problèmes de
comportement; il peut mordre ou s’arracher les plumes; l’entretien quotidien
de sa cage peut prendre vingt minutes.
A l’heure actuelle, le nombre de perroquets abandonnés va croissant car
hélas il existe aussi un marché de production de perroquets.
La plupart des gens disent aimer les animaux, mais en fait, ce qu’ils
entendent, c’est qu’ils aiment les posséder, les regarder. Mettrions-nous
quotidiennement en cage et de longues heures durant une personne que l’on aime?
Laisserions-nous se produire chez-nous le trafic d’enfants?
JETER APRES USAGE
Au Québec, environ 4 % des propriétaires de chiens et chats font euthanasier
leur animal en raison de difficultés financières, d’allergies, de manque de
temps ou parce que leur animal est devenu trop grand ! (3)
On déplore un grand nombre d'animaux abandonnés à la fin des vacances
estivales, des
vacances des Fêtes ou de Pâques. Fin juin, début juillet, période des
déménagements au Québec, on assiste à un boum du nombre d’animaux
abandonnés.
Rien que pour la journée du 2 juillet de cette année, on a recensé 17,000
animaux abandonnés !
En France, on constate également une augmentation des abandons à la période
des vacances.
Plusieurs se départissent de leur animal en l’abandonnant à la rue, comptant
que la petite bête saura se débrouiller. Ce qui la guette plutôt, ce sont les
accidents, le froid, la faim, la maladie.
Et, les animaux non stérilisés et abandonnés à la rue risquent des portées
multiples, augmentant ainsi le nombre des animaux errants et misérables.
AVIS
DE RECHERCHE
Parmi les chats errants, il s’en trouve aussi quelques-uns qui se son enfuis
au moment du déménagement -ou de chez leurs gardiens, lors du départ en
vacances du maître. L’animal a pu, au cours du remue-ménage du déménagement,
se sentir bousculé en voyant son univers se vider de ses éléments familiers;
il a pu aussi, en se retrouvant dans son nouveau logis ou dans celui de ses
gardiens, se sentir dépaysé et vouloir retourner chez-lui ou à son domicile
précédent. C’est pourquoi dans ces cas, il importe de prendre quelques précautions,
comme de munir son animal d’une médaille d’identification, de ne pas dégarnir
trop vite son petit coin personnel et, si la chose nous est possible, de
familiariser graduellement notre compagnon avec son nouveau logis ou avec celui
de ses gardiens. De la sorte, il se sentira moins dépaysé et il risque moins
de chercher à s’enfuir.
BRIS DE PARCOURS
La prise en charge d’un animal de compagnie comporte des responsabilités à
assumer, cela en dépit des événements de nos vies personnelles.
Par exemple, un couple, jusque là propriétaire de sa résidence, à qui il
suffisait d’ouvrir la porte donnant sur la cour arrière pour laisser sortir
Médor, et qui se sépare, chacun déménageant en appartement; un horaire qui
devient plus chargé; un nouveau conjoint; une naissance dans la famille; la
perte d’un emploi qui diminue les revenus familiaux... Bref, il y a mille et
une raisons susceptibles de conduire à un abandon. Il peut certes exister des
circonstances atténuantes, comme la maladie, un accident, le décès… mais il
en reste bien d’autres dont on devrait s’assurer que si elles se
présentaient, elles n’affecteront pas notre engagement. Bien des abandons
seraient ainsi évités si on ne considérait pas les animaux comme de la
marchandise. Et si notre société ne contribuait pas autant à maintenir et
entretenir cette image. Si notre société était elle-même responsable et
conscientisée, elle ferait d’abord en sorte de ne pas permettre à
n’importe qui de transiger aussi
aisément des animaux. On éviterait ainsi non seulement bien des abandons mais
on contrerait également la prolifération, la négligence et la cruauté. Mais
difficile de parvenir à des changements quand on n’a même pas chez-soi une
loi en vigueur pour protéger ses animaux et que le code civil les classe parmi
les biens. (4)
POUR
UN MIEUX-ÊTRE
Ici et là, quelques individus, choqués par le commerce
florissant des usines d'élevage se pratiquant au détriment des animaux, et révoltés
par autant d'abandons, ont entrepris certaines actions en vue de sensibiliser la
population et d'alerter le gouvernement afin de faire changer la situation.
Parmi les actions posées, fin mars 2004, une pétition demandant la mise en
application de la Loi P-42 sur la protection sanitaire des animaux et comportant
des milliers de signatures recueillies grâce à l’initiative de madame
Johanne Gouin fût remise à l’intention de madame Françoise Gauthier,
Ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, par mesdames
Gouin et Patricia Tulasne, qui, pour sa part, mène par ailleurs une campagne de
sensibilisation pour la prévention des abandons lors de déménagement.
D’autre part, soulignons l’initiative de madame Monic Landry pour l’idée
et l’organisation d’un « Festival de l’Adoption » qui s’est tenu à
Pointe-Claire les 29 et 30 juin derniers et qui réunissait autour de 15
organisations et refuges. Cet événement, une première au Québec, visait à
sensibiliser les gens à adopter de refuges plutôt que d'acheter en animalerie.
La plupart des refuges font stériliser les animaux offerts en adoption.
Afin de limiter la prolifération des chats abandonnés et errants dans la région
de Montréal, certaines organisations (La Fondation Bond, Stéri-Animal) ont mis
sur pied des programmes de stérilisation, en partenariat avec quelques
cliniques vétérinaires.
Mentionnons également les magasins Mondou, où se tiennent régulièrement à
certaines de leurs succursales des « Journées d’adoption » par la SPCA de
Montréal ainsi que le magasin Yazoo, de Pointe-Claire où l’organisation «
Rosie Animal Adoption » tient aussi une clinique d’adoption. Ces magasins
sont à privilégier pour l’achat de vos produits animaux car aucun d’eux
n’y fait le commerce d’animaux. Chez Yazoo, ainsi qu’au magasin Mondou de
Kirkland, l’on peut d’ailleurs faire ses achats en magasin accompagné de
son chien.
Parmi les principales avancées en faveur des animaux de compagnie, soulignons,
pour la France d’abord, un ensemble de mesures réglementaires pour la
protection des animaux de compagnie annoncées en novembre 2003 par le ministre
de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires Rurales,
M. Hervé Gaymard, qui auront pour effet de responsabiliser les vendeurs et
propriétaires en réglementant le commerce d’animaux (suivi de la provenance
légale des animaux, pénalisation de l’annonceur et du vendeur en cas
d’infraction lors de publication de petites annonces dans la presse), et en améliorant
les conditions d’élevage et l’encadrement du suivi sanitaire des animaux.
Le ministre a demandé de veiller à l’application stricte de la réglementation
existante contre le trafic d’importation d’animaux, avec une surveillance
accrue des points de vente par les Services vétérinaires et la Brigade
nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires. De plus, des actions
de sensibilisation destinées à lutter contre les abandons et les mauvais
traitements seront initiées avec tous les partenaires concernés.
En Grande-Bretagne, un avant-projet de loi veut durcir les sanctions en cas de
mauvais traitements envers les animaux. Les abuseurs risquent d'être condamnés
à une peine d’un an d'emprisonnement et à de fortes amendes pouvant
atteindre jusqu'à 20,000 £ (30,000 €/48,000$ CAD), soit quatre fois la pénalité
actuelle. Actuellement, les auteurs de sévices contre les animaux encourent une
peine maximum de six mois de prison.
En Italie, le Parlement a adopté le 8 juillet 2004, une législation très
sévère pour punir les sévices infligés aux animaux et les abandons, pratique
courante en Italie en période de vacances. Désormais, abandonner son chien ou
son chat fait encourir une peine d'un an de prison et une amende de 10,000 €
(16,000$ CAD).
Vers la fin de septembre 2003, le gouverneur Pataki de la ville de New York a
approuvé une nouvelle loi effective au 21 novembre 2003, à l’effet que les
chiens attachés à l’extérieur devraient disposer d’un endroit convenable
et ombragé pour se protéger du soleil et d’une niche adéquate pour
s'abriter lors des intempéries.

Image-Gracieuseté Peta
Les contrevenants à cette loi encourent une amende et les animaux pourront être
saisis et ne seront remis à leur propriétaire que si ce dernier est en mesure
de démontrer qu’il fournira un abri adéquat conformément aux nouvelles
dispositions de la loi. Les inspecteurs de la Société Royale pour la Prévention
contre la Cruauté envers les Animaux (RSPCA) devraient dorénavant avoir le
droit de pénétrer de force chez les particuliers afin de soustraire les
animaux aux mauvais traitements, une fois la loi entérinée par le Parlement.
En Suisse, depuis le 1er avril 2003, le Conseil fédéral a fixé l'entrée en
vigueur de nouvelles dispositions législatives selon lesquelles les animaux
auront désormais droit au statut d’êtres vivants et ne seront plus considérés
comme des choses.
Finalement au Québec, madame Françoise Gauthier, ministre de l’Agriculture,
des Pêcheries et de l’Alimentation a annoncé le 11 juin 2004 une série de
mesures devant permettre l’inspection des lieux de garde et d’élevage des
chiens et des chats. Ces activités d’inspection seront confiées à Anima-Québec
(5) et devraient débuter
à l’automne 2004, soit lorsque le processus législatif aura suivi son cours.
La ministre a également annoncé qu’une allocation de 150 000 $ par an serait
versée à Anima-Québec pour les trois premières années afin de mettre en
oeuvre sa mission.
Pour en savoir plus sur les usines à chiots
(1) Source: Communiqué du Ministère
de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et des Affaires Rurales
(Nov. 2003)
(2) Les 1,800 usines à chiots du Québec
produisent chaque année 4,000,000 d’animaux destinés aux animaleries du
Canada et des Etats-Unis.
(3) Source: Léger & Léger pour l'AMVQ (Oct
1999)
(4) Une loi sur la protection sanitaire des animaux
(P-42) existe depuis 1993 mais n'a jamais été appliquée.
(5) ANIMA Québec (Association nationale
d’intervention pour le mieux-être des animaux) est un organisme sans but
lucratif créé en 2002 réunissant des vétérinaires de l’Ordre des médecins
vétérinaires du Québec et de l’Académie de médecine vétérinaire du Québec,
des organismes de protection des animaux (SPA de Québec, SPA de l’Estrie et
SPA de la Mauricie), des représentants de l’industrie (Conseil consultatif
mixte de l’industrie des animaux de compagnie/PIJAC) et du MAPAQ (ministère
de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation).
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