2 octobre 2007
Honorable John Baird
Ministre de l'environnement du Canada
Honorable Gerry Ritz
Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
et ministre de la Commission canadienne du blé
M. Laurent Lessard, Ministre
Agriculture, Pêcheries et Alimentation Québec
Madame Line Beauchamp, Ministre
Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec
Sujet : Cruauté de la production de foie gras
Derrière une ferme d'élevage de canards de la Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
Madame, Monsieur,
Cruauté dans l’industrie de l’élevage
Suite aux documents filmés aux Champs d’Élisé et chez Périgord, par les
associations GAN et Farm Sanctuary, montrant des canards roués de coups, lancés
dans les airs, des canards blessés, ensanglantés, sans soins, des canetons
asphyxiés dans des sacs en plastique, laissés à demi morts dans des poubelles,
des canards coincés entre les barreaux de leur cage se faire violemment
empoigner par la tête pour se faire gaver ou en train de se faire saigner
conscients, bref, des vidéos montrant des actes répétés d’une extrême
cruauté et qui violent les lois fédérales autant en matière de bien-être
animal qu’en matière de salubrité et de santé publique, nous souhaitons
exposer certains faits et formuler certaines demandes.
Derrière une ferme d'élevage de canards de la
Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
Les cas chez Périgord ou chez Élisé ne sont pas des cas d’exception. Il
suffit de se référer aux actes de brutalités dans les encans à bestiaux du
Québec (Danville, St-Hyacinthe, etc.) filmés et dénoncés par les
associations Animals’ Angels et PMAF, ou encore ces cruautés dans des
abattoirs, dont ces actes commis chez Olymel, en octobre 2002, où des employés
furent filmés par la direction en train de commettre, pour s'amuser, des actes
sadiques envers des poulets, et de cet élevage de truies à St-Robert, où, en
juin dernier, des centaines de porcelets ont été retrouvés morts, couverts
d’ecchymoses, les os fracassés. Il suffit aussi de penser à ces vaches
prises en otage et abattues devant les caméras lors du conflit des agriculteurs.
Il suffit de constater les conditions absolument abominables dans lesquelles les
animaux de «boucherie» sont forcés de voyager à longueur d’année. Là
encore l’association Animals’ Angels a produit des vidéos sur les
conditions de transport des animaux de chez-nous. De telles interventions et
circonstances permettent d’exposer quelques unes de ces violences. Mais, loin
des caméras, la violence poursuit son cours, en partie en raison du manque
d’inspecteurs ou de responsables soucieux du bien-être des animaux et du
manque de surveillance adéquate dans ces établissements ou lieux
d’exploitation animale.
Cruauté du gavage
Notre association dénonce depuis longtemps les pratiques cruelles infligées
aux oiseaux dans la production du foie gras et ce qui ressort actuellement
confirme d'autant qu'il s'exerce dans l'industrie des actes de maltraitance.
Mise à part l’élimination systématique des canes (broyées vivantes ou
lentement asphyxiées), du débecquage et du dégriffage des canards, la
production de foie gras exige l'alimentation forcée au moyen d'un tube de métal
enfoncé dans la gorge. Le gavage peut être manuel ou effectué au moyen
d’appareils hydrauliques avec lesquels il est possible de gaver une centaine
d’oiseaux en une heure. Suite au choc du gavage, les oiseaux souffrent de halètements,
d’inflammations et lésions au cou. Des oiseaux meurent la gorge déchirée
lors de l'introduction du tube. D'autres meurent de ruptures internes des
organes, d’autres, d’épuisement, d'autres, d'asphyxie lorsque la nourriture
se compacte dans leur gorge ou leur système digestif. Les canards de l’élevage
industriel sont maintenus entre des barreaux de métal d’où ils ne peuvent ni
bouger ni étendre leurs ailes -et sans jamais se baigner ni nager malgré leurs
pattes palmées. Ces pratiques ne font que démontrer le peu de souci accordé
au bien-être et aux besoins des animaux de ferme. C’est en raison de la
cruauté du gavage que plusieurs pays ont déclaré illégale la production de
foie gras sur leur territoire.
Constat
Nous avons lu et entendu de nombreux commentaires provenant d’éleveurs ou
parfois de journalistes et qui ne correspondent pas à la réalité et nous
estimons que des explications s’imposent lorsque tout d’abord les gaveurs prétendent
qu’ils ne font que reproduire ce qui se passait il y a 4,000 ans. Il n’y a
aucune comparaison possible entre alors et le 21e siècle. Il y a 4000 ans, on
pratiquait également l’esclavage. Toutes les traditions sont loin d’être
un gage de moralité surtout lorsqu’elles servent à l’exploitation d’êtres
dont on ne tient nul compte des besoins réels.
Les producteurs font des comparaisons entre la nature et l’élevage industriel,
entre les canards migrateurs qui se constituent des réserves, et les canards
qu’ils gavent. Les canards utilisés dans l’industrie du gavage sont des
mulards non migrateurs incapables de voler. Les réserves des migrateurs ne sont
pas accumulées en si peu de temps ni compactées comme l’est le stock des
canards nourris de force. Contrairement au rythme imposé du gavage, un canard
qui n’est pas tenu en captivité picore tranquillement et ses graisses se répartissent
dans son organisme, à l’opposé du gavage qui empêche le
transport des graisses qui se concentrent dans le foie.
Certains avancent que le processus ne dure que 15 jours dans la vie de
l’oiseau. Ce n’est pas la durée d’une torture qui peut la justifier ni
faire qu’une torture n’en est pas une. Un rapport d’experts européens
confirme que le gavage est préjudiciable aux oiseaux. Sur vidéo, une employée
de chez Périgord mentionne que « le gavage rend les canards malades, que
parfois leur estomac explose carrément, que certains deviennent si faibles
qu'ils en meurent et que d'autres meurent des blessures infligées par le gavage.»
Les producteurs avancent aussi que le gavage ne provoque pas de maladie du foie
chez l’oiseau prétendant que le foie reprendrait sa forme si on cessait le
gavage. Ceci ne pourrait être vrai que dans la mesure où un certain seuil ne
serait pas dépassé, ce qui n’est plus le cas en fin de période de gavage où
le foie de l’oiseau évolue vers la cirrhose. Ward Stone, pathologiste au N.
Y. State Dep. of Environmental Conservation, qui a, à plusieurs occasions,
effectué des nécropsies de mulards gavés, consigne, entre autres, dans ses
rapports d’autopsies, des stéatoses, de sévères hépatomégalies, des oedèmes,
des hémorragies des poumons dues à la pression sur les sacs d’air limitant
l’activité respiratoire et conclut que les canards sont morts des suites du
gavage.
Et, contrairement à ce qui est véhiculé par l’industrie quant au nombre
infime de canards qui succombent des suites du gavage, nous l’estimons
beaucoup plus élevé qu’on tente de nous le faire croire. Ci-joint quelques
photos prises sur une courte période (8, 10 et 12 juillet) à l’extérieur
d’une petite ferme de la Montérégie, où l’on dénombre des centaines de
cadavres de canards mulards (de gavage) jetés dans un conteneur à déchets (d’environ
6 pi. de haut par 10 de long) et dans une brouette, et pourrissant au soleil,
parcourus de mouches et recouverts de milliers d’asticots. Du liquide suintant
des cadavres en putréfaction imprègne le sol. On aperçoit un petit cours
d’eau à proximité de la ferme.
Derrière une ferme d'élevage de canards de la Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
Derrière une ferme d'élevage de canards de la Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
Pollution par l’industrie de l’élevage
Si la responsabilité de l’agriculture dans la production d’algues bleues
est déjà dénoncée par certains groupes, il ne fait non plus aucun doute que
la production animale à grande échelle pollue l’environnement, dont les
cours d’eau. Une étude*, révèle que la production d'un seul kilo de boeuf mène
à l'émission de gaz à effets de serre d’un potentiel de chauffage équivalent
à 36.4 kg d'anhydride carbonique et dégage des composés équivalents à 340
grammes d'anhydride sulfureux et à 59 grammes de phosphate et consomme 169 mégajoules
d'énergie. En d'autres termes, un kilo de boeuf est responsable de l'équivalent
de la quantité de CO2 émise par une voiture moyenne tous les 250 km et brûle
assez d'énergie pour allumer une ampoule de 100 watts pendant presque 20 jours.
Ces calculs n’incluent pas l'impact de l'infrastructure de gestion et du
transport de la viande, donc la charge environnementale est encore plus élevée
que ce que l'étude suggère. (*réalisée au Japon, à l’Institut «Livestock
and Grassland Science» : New Scientist magazine, 18 July 2007, p 15)
La production intensive de canards est aussi néfaste à l’environnement que
l’est celle des cochons ou des bovins. Déjà en 1972, un rapport de la Régie
des eaux du Québec signalait que la principale source de pollution de la Rivière
Yamaska provenait des élevages de canards. Des citoyens de l’Estrie accusent
aussi les élevages de canards de polluer les lacs et rivières.
Derrière une ferme d'élevage de canards de la
Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
A plusieurs points de vue, la production du foie gras est un gaspillage honteux.
Seul le foie de l’animal est conservé et le reste du corps de la bête détruit
(hormis dans le cas de canards élevés pour la chair). On se débarrasse de
millions de cadavres. Il faut examiner les lourdes conséquences de la
production d’un tel produit représentant tout de même un riche à-côté au-delà
de la simple nourriture.
Notre gouvernement peut-il vraiment continuer à cautionner et endosser ce genre
de pratique et d’industrie ?
Derrière une ferme d'élevage de canards de la Montérégie au Québec (photo Aequo Animo)
Conclusion
La production de foie gras constitue non seulement une source de pollution
considérable, mais aussi un gaspillage énorme de céréales qui, soit dit en
passant pourraient nourrir des milliers d'enfants sous-alimentés, et, par
dessus tout, représente une torture pour les animaux et un gaspillage de vies
animales (à banaliser la valeur de la vie, on en vient aussi à banaliser la
violence). En conséquence, pour ces raisons et en raison de la cruauté inhérente
à cette production ainsi que pour des raisons d'hygiène et de santé publique,
nous vous demandons de mettre un terme à la production de foie gras au Québec,
comme l’ont déjà fait d’ailleurs, plusieurs pays.
c.c. Coalition des Animaux de Ferme
Aequo Animo
B.P. 251, succ. Dorval/Pte-Claire
Pointe-Claire, Québec
H9R 4N9
© 2005 Aequo-Animo - Tous droits réservés
Réponse reçue de L'Honorable Gerry Ritz le 16 novembre 2007
Aequo Animo
Madame,
Je vous remercie de votre courriel dans lequel vous exprimez des inquiétudes concernant la production de foie gras. Je suis heureux d’avoir l’occasion de vous faire part des renseignements suivants et regrette d’avoir tardé à vous répondre.
Je partage vos préoccupations en ce qui concerne la cruauté envers les animaux d’élevage et je crois qu’ils doivent être protégés contre tout mauvais traitement. Soyez assurée que si des canards ou des oies sont élevés pour la production de foie gras ou à d’autres fins, on s’attend à ce que ces animaux soient manipulés sans cruauté. Lorsque des incidents surviennent, il est nécessaire et approprié d’être en mesure de réagir en conséquence.
Au Canada, le soin des animaux à la ferme et pendant la production relève principalement de la compétence provinciale. Je crois comprendre que les autorités provinciales ont enquêté sur le cas présumé de cruauté animale aux Élevages Périgord. Je suis convaincu que toutes les mesures seront prises pour s’assurer que les normes associées au bien-être des animaux soient respectées.
À l’échelon fédéral, c’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui est responsable d’administrer et de mettre en application la Loi sur la santé des animaux et la Loi sur l’inspection des viandes , ainsi que les règlements qui s’y rapportent. Si des mauvais traitements sont observés pendant le transport ou dans un établissement fédéral, ils doivent être rapportés au bureau de district de l’ACIA le plus près ou au vétérinaire responsable de l’établissement fédéral concerné.
Des vétérinaires et des inspecteurs de l’ACIA sont présents dans l’ensemble des 60 abattoirs de volaille autorisés au Canada, et ce, afin de mettre en application les dispositions sur l’abattage sans cruauté du Règlement sur l’inspection des viandes . Lorsqu’une violation des conditions fédérales relatives au transport ou à l’abattage sans cruauté est soupçonnée, soyez assurée que l’Agence prend les mesures nécessaires. De plus, la négligence volontaire causant des dommages ou des blessures aux animaux constitue une infraction en vertu de la disposition sur la cruauté envers les animaux du Code criminel . Par conséquent, on encourage les gens à rapporter à la police les incidents soupçonnés de cruauté envers les animaux.
J’espère que ces renseignements vous seront utiles. Je vous remercie de nouveau d’avoir pris le temps d’écrire et vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Gerry Ritz, C.P., député